L’impact des restrictions de visite pendant la COVID-19 sur l’expérience et la sécurité des patients

Titre original : The influence of COVID-19 visitation restrictions on patient experience and safety outcomes: A critical role for subjective advocates
JournalPatient Experience Journal
Auteurs : Silvera GA, Wolf JA, Stanowski A, Studer Q
Date de publication : avril 2021

Pour faire face à la pandémie provoquée par la COVID-19, plusieurs mesures sanitaires ont été mises en place dans l’intérêt de la santé publique afin de minimiser la propagation du virus. Une de ces mesures a été la restriction des visites aux patients dans les hôpitaux. Cependant, cette mesure de protection communautaire s’est traduite par une rupture du lien entre les patients et leurs proches. Certains patients sont décédés seuls, d’autres n’ont pas reçu le soutien de leurs proches durant le processus de guérison. Heureusement, cette crise sanitaire a accéléré le développement de la télémédecine et des visites virtuelles permettant d’un côté, de préserver la sécurité de tous et de l’autre, de permettre aux patients de garder un contact avec leurs familles et amis. 

Jusqu’à présent, peu d’études ont évalué l’impact des visites sur l’expérience des patients, la qualité des soins et les résultats en matière de sécurité. La plupart des études réalisées sur ce sujet montrent que les patients, leurs familles et les professionnels de soins ont des points de vue très divergents concernant les politiques de visites. Les patients et leurs proches considèrent les politiques de visites ouvertes comme étant très positives. Les visites permettent aux patients de recevoir le soutien de leurs proches mais également de diminuer leurs sentiments de stress et d’anxiété. Par ailleurs, les proches des patients sont considérés comme essentiels dans le processus de soins pouvant, dans certains cas, participer activement à la prise de décisions mais aussi en soutenant et en protégeant le patient. De leur côté, les professionnels de soins préfèrent les politiques de visites limitées. Les trois raisons sont : l’augmentation du stress physiologique pour le patient, l’interférence avec la prestation des soins et l’épuisement physique et mental des proches.

Pendant la crise pandémique, les politiques de visites des hôpitaux ont beaucoup varié. Certains hôpitaux ont interdit tout type de visite, d’autres ont décidé de limiter le nombre de visiteurs tout en mettant en place des protocoles d’hygiène, et d’autres encore n’ont imposé aucune restriction et ont choisi de maintenir les portes ouvertes. Cette variation au niveau des politiques permet de comparer l’impact de celles-ci sur l’expérience et les résultats pour les patients.

Cette étude a deux objectifs : 
  1. Évaluer dans quelle mesure les résultats en matière d’expérience des patients et de sécurité des patients ont été impactés par la crise sanitaire
  2. Analyser l’impact des politiques de visites sur la qualité de soins

Afin de répondre à ces deux questions de recherche, 32 hôpitaux américains ont été recrutés. Des données comprises entre janvier 2019 et décembre 2020 ont été recueillies :
  • Les résultats en matière d’expérience des patients ont été obtenus à travers le sondage américain Hospital Consumer Assessment of Healthcare Providers and Systems (HCAHPS). Ce questionnaire permet d’évaluer l’expérience des patients hospitalisés à travers plusieurs domaines. Cinq domaines du questionnaire ont été sélectionnés pour cette étude : évaluation de l’hôpital ; réceptivité du personnel hospitalier ; transition vers les soins post-hospitaliers ; communication avec les infirmiers ; communication avec les médecins.
  • Les résultats en matière de sécurité des patients ont été obtenus à travers les indicateurs de l’AHRQ, à savoir le taux d’escarres, le taux de chutes et le taux de septicémies post-opératoires. 

Globalement, et comparativement à 2019, les résultats en matière d’expérience et de sécurité des patients se sont empirés. Concernant les résultats en matière d’expérience des patients, obtenus à travers le sondage HCAHPS, les scores de 2020 sont légèrement plus bas que ceux obtenus en 2019, surtout au niveau du domaine réceptivité du personnel. Pour les résultats en matière de sécurité des patients, les différences sont plus flagrantes par rapport à 2019, avec une augmentation de 253% du taux de chutes, une augmentation de 18% du taux de septicémies post-opératoires et une diminution de 13% du taux d’escarres en 2020.

En qui concerne les politiques de visites, les hôpitaux qui n’ont pas totalement interdit les visites (politiques de visites ouvertes ou visites limitées) ont obtenu de meilleurs résultats que les hôpitaux qui ont totalement interdit les visites, tant au niveau de l’expérience que de la sécurité des patients. Pour l’expérience des patients, le domaine le plus impacté était également la “réceptivité du personnel”. Les hôpitaux qui ont mis en place des politiques plus restrictives au niveau des visites ont obtenus de moins bons résultats en ce qui concerne ce domaine. Pour la sécurité des patients, il y a eu une augmentation de 100% du taux de chutes, 100% du taux de septicémies post-opératoires et une augmentation de 28% du taux d’escarres dans les hôpitaux ayant des politiques plus restrictives au niveau visites comparés à ceux qui n’ont pas totalement interdit les visites. 

Les résultats de l’étude montrent que l’interdiction totale des visites à des effets néfastes tant sur l’expérience que sur la sécurité des patients. Ces résultats sont similaires à ceux obtenus dans d'autres études réalisées auparavant sur l’impact des visites des patients hospitalisés, montrant les effets bénéfiques pour les patients de la présence de leurs proches. 

Par ailleurs, il est intéressant de constater que les domaines les plus impactés sont ceux pour lesquels la présence d’un proche aurait pu faire la différence, notamment la réceptivité du personnel et le taux de chutes. Le fait que les proches peuvent répondre à certaines demandes des patients mais également de diminuer leur perception des temps d’attente lorsque ceux-ci font appel à un professionnel de soins, peut avoir un impact sur la façon dont ils évaluent la réceptivité du personnel. De la même manière, le risque de chutes peut augmenter lorsque le patient se retrouve seul et décide de sortir de son lit, notamment pour aller aux toilettes, accéder à un objet ou pour toute autre raison. 

Étant donné ces résultats, les auteurs soulignent qu’il est important que les patients soient accompagnés durant leur hospitalisation, que ce soit par un membre de la famille, un ami ou un prestataire de soins. Les auteurs proposent l’existence d’un défenseur du patient. Idéalement ce défenseur est une personne qui connait bien le patient, défend ses intérêts, qui peut communiquer à sa place et participer activement dans le processus de soins. Ce rôle de défenseur du patient s’avère tout aussi important pour les personnes hospitalisées, en dehors d’une période de crise pandémique, qui n’ont ni le soutien ni la présence de leur famille et/ou de leurs amis. 

Les auteurs soulignent plusieurs fois que ces constats ne sont pas une critique envers les professionnels de soins ni envers les politiques qui ont été mises en place durant la crise pandémique, mais plutôt un facteur à prendre en considération lors de futures décisions. Si un moment comme celui-ci se reproduit dans le futur, les organisations de soins doivent évaluer sérieusement les mesures mises en place, notamment les politiques en termes de visites aux patients, et justifier leur nécessité, tant au niveau scientifique qu’opérationnel, afin de minimiser au maximum les impacts négatifs chez les patients. 

Thématique 1 : COVID-19

Thématique 2 : COVID-19

Catégorie : Article de recherche

Période : août 2021

Langue : Anglais


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