La téléconsultation et le COVID-19

Titre original : Video consultations for covid-19
Journal : BMJ
Auteurs : Greenhalgh T, Wherton J, Shaw S, Morrison C
Année : 2020

Face au contexte actuel lié à la gestion du COVID-19, le recours aux actes de téléconsultation a pris de l’ampleur. Non seulement parce que les établissements de soins de santé pourraient être des sources de contamination, mais également pour éviter le contact direct entre les professionnels de soins et les patients. Bien que la généralisation des téléconsultations ait été autorisée dans de nombreux pays, notamment dans le cadre de stratégies nationales de santé numérique, cette pratique n’était jusqu’à présent pas très répandue dans le milieu médical. Un groupe de chercheurs anglais a rédigé ce commentaire afin de répondre aux questions suivantes : dans quelle mesure le modèle de téléconsultation est-il approprié pour faire face à la crise épidémique actuelle et quels sont les défis de l’intensification rapide de ce modèle ?

Plusieurs études précédentes évaluant le modèle de téléconsultation ont montré que, comparées aux consultations traditionnelles, il n’existe aucune différence en ce qui concerne la satisfaction des patients et des professionnels, la progression de la maladie et l’utilisation des services de santé. La seule différence concerne les coûts, ceux associés aux téléconsultations étant plus bas que ceux associés à une consultation traditionnelle. Cependant, les auteurs rappellent que toutes ces études ont été réalisées avec des groupes de patients spécifiques, notamment des patients atteints de maladies chroniques stables, ce qui est différent de la situation actuelle où les patients sont atteints d’une maladie aiguë, pouvant être grave dans certains groupes de patients.

Des études ont montré que l’utilisation des téléconsultations exige un changement complexe au niveau organisationnel pouvant perturber les processus et le flux de travail déjà établis. Certains professionnels expriment des préoccupations par rapport à la qualité technique et clinique de ces consultations ainsi que les enjeux liés à la protection de la vie privée, la confidentialité et la sécurité des données transmises. Qu’elles soient justifiées ou non, ces préoccupations peuvent constituer un obstacle majeur à une utilisation plus élargie des téléconsultations.

Dans quelles situations la téléconsultation est-elle appropriée ?
La téléconsultation est indiquée dans les cas suivants :
  • Les professionnels de soins qui sont en auto-isolement ;
  • Les patients présentant des symptômes bénins suggérant une infection par le COVID-19 pour lesquels les indices visuels peuvent être utiles pour les professionnels de soins ;
  • Les patients présentant des symptômes suggérant une infection par le COVID-19 pour lesquels la téléconsultation permet d’éviter le contact entre le médecin et le patient ;
  • Les patients souffrant d’anxiété pour lesquels une téléconsultation serait plus rassurante qu’un appel téléphonique ;
  • Le suivi de certaines maladies chroniques ;
  • Les thérapies verbales (psychologie, psychothérapie entre autres) ;
  • Les rendez-vous administratifs (exemple : certificats médicaux) ;
  • Le bilan de la médication/Revue de la thérapeutique ;
  • Le triage, lorsqu’il n’est pas possible de le faire via téléphone.

La téléconsultation n’est pas indiquée pour toutes les situations cliniques, notamment pour les patients gravement malades, ceux qui nécessitent un examen physique, une procédure ou une intervention qui ne peut être reportée, ou lorsque certaines comorbidités (exemple : confusion) ont un impact sur la capacité du patient à utiliser ces technologies. Les auteurs rappellent également que la téléconsultation doit permettre de compléter, et non de remplacer la consultation via téléphone, pour laquelle il existe bien plus de données provenant d’études antérieures. Certaines stratégies, notamment l’amélioration de la fiabilité des produits, les coûts réduits, une meilleure qualité audio et vidéo, et l’apparition de produits sur mesure reflétant mieux la réalité du terrain (par exemple, la création d’une salle d’attente virtuelle et la mise à disposition d’informations concernant les temps d’attente pour la consultation), ont facilité l’acceptation et l’utilisation de ce modèle de consultation. Cependant, la plupart des téléconsultations sont actuellement réalisées à travers des plateformes conçues pour des vidéoconférences. Celles-ci peuvent être mal adaptées au flux de travail et aux routines des professionnels de soins et exigent souvent le téléchargement de logiciels pouvant violer les politiques locales de traitement de données. Par ailleurs, certaines organisations de soins de santé peuvent ne pas disposer d’une bande passante suffisante pour permettre la réalisation de téléconsultations dans tous leurs services. La littérature présente des leçons importantes pour ceux qui cherchent à diffuser rapidement les téléconsultations. Néanmoins, les auteurs rappellent que ces changements ne se caractérisent pas seulement par l’installation ou l’utilisation de nouvelles technologies, mais également par l’introduction et le maintien des changements majeurs au niveau de l’organisation des systèmes de soins. Le processus de mise en œuvre est susceptible d’être difficile, exigeant en ressources et nécessitant la mise en place de stratégies locales et nationales. Les associations de professionnels de soins (infirmiers et médecins) jouent également un rôle important dans la révision et la définition des bonnes pratiques cliniques associées à ce cas particulier. L’expérience écossaise concernant leur programme de téléconsultation suggère que dans les premières phases de mise en œuvre de ce modèle, il est probablement nécessaire de mettre à disposition une main-d’œuvre qui règle à la fois les problèmes techniques (exemples : évaluer la préparation technique et l’installation de caméras, de moniteurs Web, etc.) mais également opérationnels (exemples : livrer des ordonnances ou des médicaments). La formation du personnel clinique et non clinique (de préférence à distance) ainsi que la mise à disposition de conseils d’utilisation pour les professionnels et les patients sont susceptibles d’aider à une adoption généralisée. Finalement, compte tenu des nombreuses questions cliniques, techniques, organisationnelles et politiques soulevées par ce modèle qui est, sans aucun doute, prometteur, les auteurs recommandent et font un appel à des projets de recherche permettant de maximiser et optimiser au plus vite ce modèle.

Thématique 1 : COVID-19

Thématique 2 : Technologies de l'information

Catégorie : Commentaire

Période : mars 2020

Langue : Anglais


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